Journal Voir: Steve Hill – Homme à tout faire

En se patentant un attirail d’homme-orchestre, Steve Hill patentait aussi en 2012 le plus grand succès de sa longue carrière, Solo Recordings Volume 1. Dissection de l’obligatoire Volume 2.

Il y en a du stock autour de Steve Hill. Il faut voir l’attirail qui ceinture aujourd’hui le bluesman sur scène: hi-hat, caisse claire et grosse caisse aux pieds, cymbales qu’il frappe grâce à une baguette fixée à la tête de sa guitare (!), harmonica autour du cou, monticule d’amplificateurs. Une belle amanchure digne d’un vrai patenteux. «Tout ça commence tout le temps avec beaucoup du gaffer tape, rigole-t-il. Solo Recordings Volume 1 était plus smooth que tout ce que j’avais fait avant, mais comme il m’arrivait de donner des spectacles dans des bars, il a fallu que je me débrouille pour faire du bruit quand même. J’ai des chums qui m’aident à modifier l’équipement de façon moins «wabo». Sur mes guitares, on a installé un pickup qui capte le son des deux grosses cordes et qui le passe par un octaver et dans un ampli de basse. Ç’est pour ça que tu entends ce qui sonne comme de la basse sur le volume 2.»

Homme-orchestre Steve Hill, mais surtout homme à tout faire en ce mardi de sortie de Solo Recordings Volume 2, sur lequel il assume tous les instruments, en plus de s’être chargé de la prise de son et du mixage. «Je suis en train de faire des livraisons», lance depuis un centre commercial de Trois-Rivières celui qui estampille en toute ironie l’endos de ses albums autoproduits de l’étiquette No Label Records. «Les disques sont rentrés à la dernière minute. Je suis passé par Drummondville ce matin, j’ai laissé des disques à un chum qui va faire l’Estrie. Je viens d’en déposer au Archambault et au HMV… heille, salut man! Long time no see!»

Allô Steve? «Excuse, je viens de croiser un vieux chum que je n’avais pas vu depuis longtemps. Qu’est-ce qu’on disait déjà?»

Écrire avec son coeur

Plus de quinze ans après la parution de son premier album, Steve Hill vit donc depuis qu’il a choisi de jouer les cowboys solitaires un succès qui lui avait toujours glissé entre les doigts, petite victoire de l’indépendance et du gossé à la mitaine sur l’industrie. «C’est capoté! C’est vraiment de l’artisanat ce que je fais. Je pensais que Solo Recordings, ce serait juste un side project. Je ne te cacherai pas que je suis assez fier de vendre plus de disques que lorsque j’étais avec une maison de disques et d’avoir réussi à faire 168 shows. Il y a de quoi qui a touché le monde là-dedans, dans ce retour à quelque chose de plus simple. Il y a aussi que je recommençais à faire du blues après dix ans de rock.»

Ce dont conviendra le chanteur à la voix d’outre-tombe, c’est qu’il écrit sans doute depuis quelques années les meilleures chansons de sa carrière. Chansons dépouillées au plan des arrangements, of course, mais surtout au plan émotif. On sent le Steve sincère, débarassé du constant désir d’en jeter, désarmé et forcément désarmant. Je rêve où tu ponds plus de chansons d’amour depuis que tu fais cavalier seul? «Non, tu rêves pas.» Tu expliques ça comment? «Ben…» Long silence. «J’imagine que c’est parce que je vis des relations d’amour.» Tu n’en vivais pas avant? Long silence (encore). «Je pense que j’écris plus de chansons d’amour parce que j’ai arrêté de m’autoanalyser. J’ai arrêté d’écrire avec ma tête pour écrire avec mon cœur. Ça fait 23 ans que j’ai commencé à jouer dans les bars et ça fait 21 ans que je gagne ma vie avec ça. Quand j’étais plus jeune, je n’avais pas l’expérience pour vraiment chanter du blues. Sur mes premiers albums, je trouve la guitare ben bonne, mais la voix, je ne suis pas capable. Si ça joue à quelque part, c’est sûr que je sors de la pièce. Maintenant que les années ont passé, je peux chanter du blues pour vrai, je connais ces sujets-là. Tant que tu n’as pas vécu ce dont tu parles, tu chantes, tu chantes, mais ça ne se passe pas.»

Le roi de la colline

«It’s a long road, such a long road, to the top of the hill», hurlait Steve Hill en 2007 dans Long road, cri de ralliement des rockeurs qui doivent affronter l’adversité et décoiffant extrait de Devil At My Heels, son album le plus «pouelle». La route serait effectivement longue jusqu’au succès de Solo Recordings Volume 1 et on ne peut s’empêcher d’entrapercevoir derrière la version acoustique de la même chanson placée à la toute fin de Solo Recordings Volume 2 le gentil doigt d’honneur triomphant de l’insoumis qui a atteint, en santiags et selon ses propres termes, le sommet de la colline. Go on, confession d’un masochiste qui nargue une femme en lui réclamant plus, et encore plus, de baffes, invite aussi à une lecture métaphorique. «Go On, il y en a qui pense que c’est une histoire d’amour, mais tu peux la voir d’une façon business aussi, c’est l’histoire de ma carrière. Go On et Long Road, c’est les deux faces du même combat. C’est un album de dualité, c’est le volume 2, j’ai voulu exploiter cette idée-là. Got It Bad, c’est le gars qui pense qu’il se fait tromper, et Tough Luck, c’est le gars qui se fait descendre parce qu’il a couché avec une femme mariée.»

Tu comptes sillonner la route seul encore longtemps? «Tant qu’à en avoir fait deux, aussi ben faire une trilogie. Le volume 2, il est plus dark, c’est comme mon Empire Strikes Back. Ça va prendre un Return of the Jedi

Le trio de préquelles inutiles est donc prévu pour dans vingt ans? «Une trilogie où je ferais tout avec des machines, avec des overdubs et avec l’Auto-Tune dans le tapis? Non, je pense qu’on va laisser faire.» Tant mieux.

Lancements de Solo Recordings Volume 2: le 5 mars à 17h au Petit Olympia de Montréal et le 6 avril à 20h au Petit Champlain de Québec.

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