Journal Mobiles: Honnetement blues

Il s’est écoulé presque un siècle depuis l’invention du blues. Fatigué, ce dernier rôde généralement sous la forme de vieux nostalgiques qui reprennent tant bien que mal les succès de Jimi Hendrix ou osent patauger dans le répertoire de Muddy Waters. La forme conventionnelle de douze barres  agrémentée d’histoires de cœurs brisés et de ces élixirs qui les apaisent a été épuisée depuis longtemps pour laisser place aux électopops autotunés que les radios essorent à merveille. C’est donc avec peu d’attentes qu’un chroniqueur/musicien s’est rendu chez Fréquences le disquaire le samedi 30 novembre pour la prestation de Steve Hill, pour en ressortir avec une raison suffisante de rédiger son article au « je »…

Il y a deux types de guitaristes; les shredders, ceux qui jouent vite et qui impressionnent avec leur technique, et ceux qui jouent avec leurs trippes. Si le premier aspect découle d’un apprentissage rigoureux, le feeling lui ne s’apprend pas. Une cinquantaine de clients sont amassés dans le commerce du centre-ville en attendant la première note. Tapant le rythme à ses pieds sur un ensemble minimaliste de percussions, c’est au son d’une Gibson électrique à faire baver les collectionneurs que Steve Hill entre en jeu sans pic avec Ever Changing World, tirée de Solo Recordings Vol. 1. Il joue la ligne rythmique et celle du soliste sur une série de compositions aux textes honnêtes. Puis, sur la guitare acoustique, il tient un registre qui rappelle le regretté Lou Reed avec des textes riches et une approche musicale en tout en douceur. Il raconte plus tard l’histoire complète de Robert Johnson, pour ensuite reprendre l’une de ces 29 chansons qui consistent la souche du blues, avec une finale surprenante qui me rappelle étrangement Overkill de Motörhead (dans un tout autre ordre d’idées). Après une heure de spectacle solo, l’artiste a généreusement donné de son temps pour discuter avec les fans, pendant que ceux-ci se procuraient une copie à tirage limité de Solo Recordings Vol 1 ½. J’ai humblement appris de mon expérience. Steve Hill est un guitariste fait sur le même moule que les Slash, Jimmy Page et David Gilmour qui m’ont donné le goût d’adopter l’instrument; des musiciens sachant transporter un maximum d’émotions sans beurrer trop épais. Je suis donc sorti du disquaire pour aller rejoindre ma guitare en confiance. Il y a encore des musiciens qui prennent le temps de composer de la vraie musique avec des instruments, et qui incarnent la musique à eux seuls…

Steve Hill sera de retour à St-Hyacinthe le 20 Mars, cette fois au Centre des Arts Juliette-Lassonde avec Kim Churchill et Matt Andersen, deux autres guitaristes phénoménaux, pour une soirée de blues authentique à ne pas manquer.

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