Daily Rock: Le blues dans tous ses états

Jeudi soir dernier était soir de débat des chefs pour des milliers de Québécois, mais pour les Maskoutains rassemblés au Centre des Arts Juliette-Lassonde de St-Hyacinthe c’était soir de Blues avec un grand B. Ainsi, Steve Hill et ses pairs guitaristes Matt Andersen et Kim Churchill, nous ont propulsés doucement dans l’univers presque chimérique de trois hommes prodigieux aux parcours et aux origines différents.

Le voyage commence en force; le jeune surfer Australien de 22 ans, Kim Churchill nous en met plein la vue avec sa formule homme-orchestre. Celui dont le son n’est pas tout à fait blues, mais plutôt folk, nous rappelle l’hardiesse d’un jeune Bob Dylan. C’est toutefois par son jeu de guitare singulier que le jeune prodige a su épater un public affamé! Celui qui a étudié la guitare classique dès l’âge de 6 ans nous a fait découvrir ses mélodies avec un bonheur sans équivoque pendant un trop court moment, nous quittant avec la politique Subterranean Homesick Blues de celui dont il est l’héritier et dont nous avons fait mention précédemment, monsieur Bob Dylan.

Vint tout de suite après Matt Andersen. Le colosse Néo-Brunswickois nous déroute avec cette voix puissante projetée avec une aisance stupéfiante! Accompagné de sa guitare, l’homme de peu de mots nous a charmé dès les premiers accords à travers lesquels il nous invite dans l’univers bluesy de ses albums studios dont le plus récent, le huitième, Weightless et l’apaisante pièce Drift away. Une prestation composée d’un savoureux mélange de créations originales et de reprises de classiques telles que la sublime Ain’t no sunshine de Bill Whiters.

Arrive enfin celui que tous attendaient ; Steve Hill-le-band-à-lui-tout-seul ! Celui qui nous aura fait patienter près de deux ans avant de nous présenter un deuxième album complet de la série Solo Recordings (l’attente aura été adoucie par la parution du super-maxi Solo Recordings 1 ½ à l’automne 2013) était dans une forme spectaculaire ! C’est le sourire aux lèvres qu’il a amorcé cette performance musclée avec l’envoûtante I want you to love me, puis les pièces de ce huitième opus ce sont enchainées, entrecoupées de quelques morceaux des galettes précédentes dont l’excellente reprise du mythique bluesman Robert Johnson, Preachin’ blues (Up jumped the devil) que l’érudit nous a présenté en nous racontant la légende voulant que Johnson ait fait un pacte avec le diable et qu’il soit mort empoisonné par un tenancier de bar cocu. Le public en redemande car quoiqu’on en dise, c’est inéluctablement sur scène que la magie opère pour Steve Hill et il est d’autant plus impressionnant de voir tout son corps participer à l’opération sans que son jeu de guitare ou que la qualité de son chant en souffre. Il n’y avait qu’à jeter un œil autour pour apercevoir des mâchoires à ramasser et des yeux écarquillés à la fois d’émerveillement et d’incrédulité devant cette force et cette passion. Car l’homme est talentueux, certes, mais rien ne serait pareil sans ce feu qui l’anime et par le fait même pénètre chacune de nos cellules ! Celui qui est revenu à ses racines avec l’enregistrement de ce qui sera une trilogie, les Solo Recordings, conclura ce set avec Voodoo Child d’Hendrix avant de revenir en force pour non pas un mais deux rappels accompagné de ses camarades Churchill et Andersen. La collaboration de ces trois talents nous a sans contredits permis d’assister à un grand moment de la musique ! La magie a immédiatement opérée avec Key to the highway et s’est poursuivie avec plusieurs classiques dont Come on in my kitchen encore une fois de Robert Johnson. Le trio a scellé ce moment de pur bonheur empreint de bonhomie en interprétant magnifiquement la transcendante The Weight-Take a load off Annie de The Band.

En définitive et à la lumière de ce dont nous avons été témoin ce soir là, force est d’admettre que Steve Hill est, à l’aube de la quarantaine, en pleine possession de ses moyens et que le rock and roll a trouvé en cet artiste un ambassadeur de choix !

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